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Décès du Professeur Piotr Slonimski le 25 avril 2009
Professeur émérite de l'Université Pierre et Marie Curie
MàJ : 16/08/10

Décès de Piotr Slonimski
C’est avec une grande tristesse que nous avons appris la disparition de notre collègue et ami Piotr Slonimski. Son décès est survenu le samedi 25 avril 2009 à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière ; il était âgé de 87 ans.
Les travaux de Piotr Slonimski dans le domaine de la génétique moléculaire ont eu une répercussion énorme et ont largement facilité l’essor de la biologie en France au cours de la seconde moitié du 20ème siècle. Il a été notamment l’un des fondateurs de la génétique mitochondriale et a joué un rôle déterminant dans le premier séquençage d’un génome complet d’un organisme eucaryote. Sa contribution a été récompensée par de nombreux prix dont la plus importante est probablement la médaille d’or du CNRS en 1985. Il était membre de l’Académie des Sciences depuis 1985.
Piotr Slonimski a eu un parcours professionnel remarquable. Tout en combattant le régime nazi dans l’armée secrète polonaise, il a poursuivi ses études de médecine à l’Université clandestine de Varsovie et a obtenu un doctorat en Médecine à l’Université Jagellone de Cracovie en 1946. Arrivé en France en 1947, Piotr intègre le CNRS en rejoignant le laboratoire de Génétique Physiologique de Boris Ephrussi à l’Institut de Biologie Physico-Chimique. Après être devenu Maître de Recherche au CNRS en 1956 puis Directeur de Recherche en 1962, il devient professeur de Génétique à l’université Pierre et Marie Curie en 1966. L’une de ses grandes fiertés est d’avoir créé avec Madeleine Gans le DEA de Génétique Moléculaire et Cellulaire de l’Université Pierre et Marie Curie, cursus qui a permis de préparer nombre d’excellents étudiants au métier de chercheur et d’enseignant-chercheur. Il dirige le Centre de Génétique Moléculaire du CNRS à Gif-sur-Yvette de 1971 à 1991.
Piotr Slonimski est inhumé aux côtés de son épouse et de sa fille, dans le nouveau cimetière des Rougemonts, à Gif-sur-Yvette.
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Piotr, le généticien de la levure
Un hommage de Bernard Dujon, professeur UPMC et Académicien.
"Lors de la remise de sa médaille d'or du CNRS en 1985, Piotr Slonimski s'adressant à Hubert Curien disait: "Vous avez récompensé par cette médaille, Monsieur le Ministre, une immobilité thématique exemplaire et une recherche totalement gratuite sur un sujet d’importance mineure". L'homme qui insistait ainsi malicieusement sur l'intérêt de ne pas suivre les idées majoritairement à la mode s'est éteint à Paris le 25 avril dernier, en sa quatre-vingt septième année. C'était l'un des pères de la génétique française.
Le CNRS l'avait récompensé de sa plus haute distinction pour ses travaux sur les gènes mitochondriaux de la levure de boulangerie, Saccharomyces cerevisiae, un champignon microscopique. À ceux qui imaginent la recherche comme une succession de petits projets finalisés, Piotr Slonimski apporte la preuve que c'est avant tout un travail de persévérance réservé aux esprits curieux, passionnés par l'idée de découverte, et peu enclins à suivre les lignes droites. Il lui a fallu plus de trente cinq ans d'efforts continus, entouré de nombreux collaborateurs pour la plupart formés par lui-même, pour offrir au monde scientifique une image du contenu génétique et du mode de fonctionnement d'un organite subcellulaire, la mitochondrie, sans lequel, comme la levure, nous ne saurions respirer. Et le laboratoire de Piotr Slonimski, installé au Centre de Génétique moléculaire du CNRS à Gif-sur-Yvette qu'il a dirigé pendant vingt ans, n'était pas le seul au monde à travailler sur ces problèmes, même si son rayonnement scientifique dans ce domaine était considérable.
Piotr Slonimski disait avoir découvert la génétique dans un ouvrage allemand ramassé dans les décombres d'un poste de police saboté par un acte de résistance, alors qu'il étudiait clandestinement la médecine à Varsovie pendant la seconde guère mondiale. Les travaux de l’Américain George Beadle et du Français d’origine russe Boris Ephrussi y étaient mentionnés. Ceux-ci avaient montré par des expériences sur la drosophile, la minuscule mouche du vinaigre, comment les gènes, dont la nature était alors inconnue, pouvaient déterminer certains caractères morphologiques de l'animal.
Après son Doctorat de Médecine obtenu en 1946 à l'Université Jagellonen de Cracovie, Piotr Slonimski frappait donc à la porte du laboratoire de génétique de la Faculté des Sciences de Paris, installé à l'Institut de Biologie Physico-chimique et dirigé par Boris Ephrussi, pour y entreprendre des recherches sur la nature et le rôle des gènes. La découverte dans ce laboratoire de mutants bizarres de levure allait ouvrir un nouveau chapitre de la biologie dont personne ne pouvait alors imaginer le contenu. Ces mutants semblaient indiquer l’existence d'une nouvelle hérédité de nature cytoplasmique (on sait aujourd’hui qu’il s’agit de mitochondries), et Piotr Slonimski montrait dans sa thèse de doctorat ès Sciences, soutenue en 1952, que cette hérédité était essentielle à la formation des enzymes respiratoires. Peu de temps après, le CNRS, après d’âpres discussions et le soutien de la Fondation Rockefeller, réussissait son projet de regrouper tous les laboratoires français de génétique, alors trois, et leur offrait des locaux modernes, construits sur les pentes boisées de la vallée de Chevreuse à Gif-sur-Yvette.
C'est là que, sous l'impulsion de Piotr Slonimski, devait naître la génétique mitochondriale. La synthèse des enzymes respiratoires restait un sujet d'intenses recherches, mais il était devenu clair que les gènes étaient constitués par des molécules d'ADN. Or - mais la chance ne sourit qu'aux esprits préparés - les mutants bizarres de levure montraient des altérations importantes de l'ADN. Les découvertes allaient se suivre à un rythme rapide. De nouveaux mutants de levure isolés par Piotr Slonimski allaient permettre de décrire l'hérédité mitochondriale, inconnue auparavant, et dont on sait maintenant que certaines altérations sont responsables de graves pathologies chez les jeunes enfants. Peu à peu, progrès techniques aidant, les gènes mitochondriaux se révélaient à nous. Avec encore d'autres mutants, on démontait les mécanismes de l'expression enchevêtrée de ces gènes. On s'aperçut que ces gènes étaient mosaï, c’est-à-dire qu'ils contenaient en leur sein des éléments étrangers, des introns dont la nature précise ne fut comprise qu'un peu plus tard, mais qui intervenaient dans la façon dont étaient synthétisés les enzymes respiratoires. Piotr Slonimski était à la tête d'un grand laboratoire, constitué principalement de ses élèves, et qu'il menait de façon unique, donnant toujours la priorité aux idées originales, osant les hypothèses provocatrices, forçant l'expérience jusqu'à ce que plus aucune observation inattendue n'en émerge, mais toujours avec une exigence et une rigueur intellectuelle infaillibles.
Mais Piotr Slonimski n'était pas seulement un chercheur, c'était un enseignant. Il ne voyait pas de frontières entre l'enseignement supérieur et la recherche, chacun étant indispensable à l'autre. "On enseigne ce que l'on sait, on cherche ce que l'on ne sait pas" disait-il. Et il savait que l'on ne peut bien faire ni l'un ni l'autre sans les deux. Il est nommé Professeur à la faculté des Sciences de Paris en 1966 (devenue Université Paris 6 en 1968), et fonde, avec Madeleine Gans, Professeur dans le même établissement, le DEA de génétique qui, à raison d'une quinzaine d'étudiants par an pendant plus de trente ans, a formé à la recherche nombre des chercheurs et enseignants-chercheurs français qui exercent actuellement dans ce domaine. Sans oublier ceux qui ont établi leurs laboratoires à l'étranger. Certains continuent de travailler avec les levures.
Piotr Slonimski quitta ses fonctions de Professeur et de Directeur en 1991, pour cause de retraite, mais une nouvelle étape de la science l'attendait: le séquençage du génome de sa levure débutait alors. Un consortium international de laboratoire avait été mis en place par la Commission Européenne pour cette grande entreprise coordonnée par André Goffeau, Professeur à l'Université catholique de Louvain-la-Neuve en Belgique. Piotr Slonimski était de ceux, rares, qui avait immédiatement compris l'intérêt d'un tel projet et l’avait fortement soutenu. Dès le premier chromosome terminé, et bien qu’il était le plus ancien de ce consortium, il était le plus impatient de découvrir les fonctions de tous ces nouveaux gènes totalement inconnus jusqu'alors. Il les baptisa "gènes orphelins" car on ne savait pas d'où ils venaient ni à quoi ils servaient, la seule chose claire c’était leur abondance. C’était, pour lui, l’occasion de répéter, fort judicieusement, que l'on doit chercher ce que l'on ne sait pas.
Il suivit le séquençage de la levure avec enthousiasme et fit énormément pour le développement de la génomique en France. Quand d’autres n'y voyaient qu'une technique destinée à des applications rapides, lui, avait compris qu'il s'agissait d'une science nouvelle, fondamentale, dont les répercussions iraient bien au-delà des applications imaginées par les premiers. Depuis plus de quinze ans et jusque très récemment, il n'a cessé d'analyser les séquences des génomes à l'aide d'ordinateurs, pour faire apparaître ce qu'il appelait des "lois de la génomique", c'est-à-dire des propriétés intrinsèques des génomes qui révèlent des forces fonctionnelles et évolutives encore très mal connues et qu'il était le plus souvent le premier à identifier.
Piotr Slonimski traitait la science comme un jeu et comme un art, et c'était un grand artiste, passionné de recherche fondamentale. Son rôle et l'influence de ses travaux dans les domaines de la génétique moléculaire et de la génomique ont été si considérables que, même en Pologne où ce prénom est pourtant assez répandu les membres de cette communauté scientifique le désignent seulement par Piotr, tant il est évident qu'il ne peut s'agir que de Piotr Slonimski, le généticien de la levure."
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Voir aussi l'article : Herbert, C. J. (2009) In memoriam: Piotr Slonimski (9 November 1922-25 April 2009). Yeast, 26 (10) 575-577.
Piotr Slonimski professeur : le DEA de Génétique
Hommage de Pierre Netter, Professeur UPMC
Piotr Slonimski, l'académicien
L'hommage de l'Académie des Sciences : lien vers le site de l'Académie : In memoriam
Piotr Slonimski et le CNRS
Allocution de P. Slonimski lors de la cérémonie de remise de la Médaille d'Or du CNRS, octobre 1985
lien vers le site CNRS de l'histoire de la recherche médicale
"Piotr Slonimski et la génétique de la levure" : entretiens avec E. Kulakowska et J.-F. Picard, 1999-2001
lien vers le site CNRS de l'histoire de la recherche médicale
"Un demi-siècle de génétique de la levure au CNRS, de la biologie moléculaire à la génomique", un article de Jean-François Picard dans la Revue pour l'histoire du CNRS, novembre 2002
lien vers l'article de J.-F. Picard
Autres documents
L'article "P. Slonimski" dans l'encyclopédie Wikipédia : lien vers le site Wikipédia
Piotr Slonimski et les champignons (01/05/09) : le blog Kacouy-LeMonde
Emission Archimède du 11 mai 1999 sur la chaîne : lien vers le site Archimède
"On yeasts and men: Piotr P. Slonimski and the science before and
after the turn of the millennium", Introductory lecture of the Symposium: "Yeast as a model for mitochondria-related
human disorders“. Prague, 25 and 26 August 2001 by Ladislav Kováč
Téléchargement du document au format pdf sur le site de l'université de Bratislava, Slovaquie
Colloque "Piotr Slonimski, from Mitochondria to Genomes"
Thursday, 8th 2010 - Auditorium de la Terrasse in Gif-sur-Yvette, France
Quelques photos du colloque (par R. Le Guyader, CNRS-CGM, et Joël Prince)
Lien vers le site du colloque (programme)
